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FÉDÉRATION FRANÇAISE

DE PSYCHOGÉNÉALOGIE

Étude

Transmission transgénérationnelle des traumatismes de génocide
Source : Zasiekina L, Hlova I, Kokun O, Kuznietsov I, Pastryk T, Solonenko O, Zasiekin S. Transgenerational transfer of genocidal trauma: a systematic review and meta-analysis. Front Psychiatry. 2026 Jan 30;16:1699835. doi: 10.3389/fpsyt.2025.1699835. PMID: 41694128; PMCID: PMC12901391.

Résumé : Cet article analyse la transmission transgénérationnelle du traumatisme chez les descendants de survivants de génocides à partir d’une revue systématique et d’une méta-analyse d’études scientifiques publiées entre 2000 et 2025. Les chercheurs ont étudié 7 études regroupant 1 569 participants issus de familles touchées par différents génocides, notamment la Shoah, le Rwanda, le Cambodge et l’Arménie.

Introduction

Les génocides constituent l’une des formes les plus extrêmes de violence collective. Ils provoquent chez les survivants des conséquences psychologiques durables comme le trouble de stress post-traumatique (PTSD), la dépression ou l’anxiété. Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent à une question importante : ces traumatismes peuvent-ils affecter également les générations suivantes, même lorsque celles-ci n’ont pas vécu directement les événements ?

L’objectif de cette étude était d’évaluer de manière quantitative l’ampleur de ce phénomène. Les auteurs ont donc réalisé une revue systématique et une méta-analyse afin d’estimer la prévalence du PTSD chez les descendants de survivants de génocide et d’identifier les facteurs pouvant influencer cette vulnérabilité psychologique.

Méthodologie

Les chercheurs ont analysé les études publiées entre 2000 et 2025 dans plusieurs bases de données scientifiques. Seules les recherches portant sur la santé mentale des descendants de survivants de génocide (deuxième, troisième ou quatrième génération) ont été retenues.

Au total, 7 études correspondant aux critères scientifiques ont été incluses, représentant 1 569 participants issus de différents contextes historiques :

  • la Shoah

  • le génocide rwandais

  • le génocide cambodgien

  • le génocide arménien.
     

Les chercheurs ont utilisé un modèle statistique à effets aléatoires pour calculer la prévalence globale du PTSD et ont examiné si certains facteurs, comme l’âge ou le sexe, influençaient les résultats.

Résultats principaux

L’analyse montre qu’environ 17,9 % des descendants de survivants de génocide présentent un PTSD probable. Cette proportion est nettement plus élevée que celle observée dans la population générale en temps de paix, où la prévalence du PTSD varie généralement entre 1 % et 12 % selon les contextes.

De manière notable, ce taux n’est pas très éloigné de celui observé chez certaines populations exposées à la guerre, ce qui souligne l’ampleur de l’impact psychologique du traumatisme historique.

L’étude révèle également une forte variabilité entre les différentes recherches analysées, ce qui indique que la transmission du traumatisme peut dépendre de nombreux facteurs culturels, historiques et familiaux. Les analyses statistiques n’ont cependant pas montré d’effet significatif de l’âge ou du sexe sur la probabilité de développer un PTSD, probablement en raison du nombre limité d’études disponibles.

Les auteurs expliquent que plusieurs mécanismes peuvent contribuer à cette transmission :

  • mécanismes biologiques, notamment épigénétiques, qui peuvent modifier la réponse au stress ;

  • mécanismes psychologiques, liés à l’environnement familial marqué par le traumatisme ;

  • mécanismes socioculturels, comme la mémoire collective ou les récits familiaux.
     

Les descendants peuvent ainsi présenter une vulnérabilité accrue au stress ou développer des symptômes de PTSD, d’anxiété ou de dépression, même s’ils n’ont jamais été directement exposés aux événements traumatiques.

Conclusion

Cette méta-analyse apporte des preuves quantitatives importantes montrant que les effets psychologiques des génocides ne se limitent pas aux survivants directs. Les descendants présentent une prévalence significativement plus élevée de troubles de stress post-traumatique, ce qui suggère que le traumatisme peut se transmettre à travers les générations.

Cependant, les chercheurs soulignent que les études disponibles restent encore peu nombreuses et que les méthodes utilisées varient fortement. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes précis de cette transmission et pour développer des stratégies de prévention et d’accompagnement adaptées aux populations concernées.

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