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Étude

Traumatisme transgénérationnel et thérapie des schémas : mise en pratique de l’imagerie rescripting et du chairwork.
Source : Prasko, J., Vanek, J., Hodny, F., Krone, I., Burkauskas, J., Gecaite-Stonciene, J., Abeltina, M., Juskiene, A., Zatkova, M., Bite, I., Slepecky, M., Pasztor, J., Doubek, P., & Ociskova, M. (2025). Transgenerational trauma and schema therapy: Imagery rescripting and chairwork in practice. Neuro Endocrinology Letters, 46(2), 96–106.

Résumé : Dans cet article, les auteurs proposent d’explorer comment des méthodes expérientielles de la thérapie des schémas (en particulier l’imagerie rescripting (imagery rescripting) et le chairwork) peuvent être appliquées pour travailler les traumatismes transmis d’une génération à l’autre. L’objectif : aider les personnes à identifier, revivre symboliquement, puis restructurer des souvenirs ou dynamiques familiales douloureuses, pour transformer des schémas hérités en modes de fonctionnement plus sains.


Introduction

Le concept de traumatisme transgénérationnel (ou intergénérationnel) désigne la transmission, d’une génération à l’autre, de blessures psychiques, de schémas relationnels dysfonctionnels ou de traumatismes non résolus. Les conséquences peuvent inclure une grande sensibilité au stress, une faible estime de soi, des difficultés relationnelles, voire des troubles psychiques (anxiété, dépression, troubles de la personnalité…). 

La Schema Therapy (thérapie des schémas), développée originellement pour des problématiques complexes (notamment des traits de personnalité sévères, résistants aux thérapies classiques), identifie des schémas précoces inadaptés (EMS), hérités souvent de l’enfance ou de l’adolescence, qui expliquent des modes répétitifs de souffrance ou de dysfonctionnement. 

Dans cet article, les auteurs proposent d’explorer comment des méthodes expérientielles de la thérapie des schémas en particulier l’imagerie rescripting (imagery rescripting) et le chairwork peuvent être appliquées pour travailler les traumatismes transmis d’une génération à l’autre. L’objectif : aider les personnes à identifier, revivre symboliquement, puis restructurer des souvenirs ou dynamiques familiales douloureuses, pour transformer des schémas hérités en modes de fonctionnement plus sains.

1. Fondements théoriques : pourquoi l’imagerie et le chairwork

Les auteurs expliquent que l’imagerie, entendue non comme de simples images mentales, mais comme des expériences sensorielles, corporelles, émotionnelles, active le cerveau, le corps et l’esprit, et peut induire des changements structuraux durables. 

Dans le cadre de la thérapie des schémas, l’imagerie permet de rendre symboliques les blessures, les peurs, les dynamiques familiales implicites. Elle aide à traduire en images et sensations ce qui souvent reste diffus, refoulé ou indicible permettant ainsi d’accéder à des parties du psychisme peu accessibles par la simple parole. 

Le chairwork (travail par “chaises”) complète cela : il permet de mettre en scène des parties internes (l’enfant vulnérable, l’adulte actuel, l’ancêtre traumatisé, ou la partie protectrice) et de donner voix à ce qui a été tus. Cela facilite le dialogue interne, la reconnexion à des émotions et des besoins anciens, et ouvre la possibilité de réécrire symboliquement des récits familiaux, d’exprimer des sentiments refoulés, de poser des limites, ou d’élaborer des protections.

Ainsi, ces méthodes combinées offriraient un espace thérapeutique pour réparer les blessures héritées, intégrer la mémoire familiale, et expérimenter de nouvelles formes d’être dans le présent.

2. Les deux cas cliniques présentés

L’article s’appuie sur deux vignettes cliniques (deux patients) pour illustrer l’application concrète des méthodes :
 

  • Cas 1 : une jeune femme dont le grand-père maternel s’était suicidé. Le traumatisme familial mêlé de secrets, de refoulements, de culpabilités, avait laissé des traces dans la psyché de la patiente, sous forme d’émotions réprimées, de souffrances non symbolisées. Grâce à l’imagerie rescripting et au chairwork, elle a pu “revisiter” la relation entre sa mère et son grand-père, donner une voix à l’ancêtre, exprimer la douleur, la culpabilité, la peur, et réintroduire des images réparatrices : symboles de soutien, de protection, de pardon. Ce travail a permis de réparer ce lien brisé, d’alléger le poids émotionnel, de renouer une dignité, et d’apaiser le sentiment de honte ou de culpabilité inconsciente.
     

  • Cas 2 : une personne présentant des explosions émotionnelles importantes et des comportements d’auto-agression, en lien avec un héritage familial de traumatismes (maltraitances, dysfonctionnements, négligences, transmissions implicites de souffrance). À travers le chairwork et l’imagerie, la patiente a été amenée à dialoguer avec ses “parts” internes (l’enfant blessé, l’adulte actuel, l’ancêtre) et à exprimer la colère, la tristesse, le besoin de protection, la loyauté, la peur. Ce travail a ouvert la possibilité de désamorcer les impulsions automatiques, de diminuer l’auto-agression, et d’installer peu à peu des formes d’auto-compassion, de régulation émotionnelle, et de limites protectrices. 
     

Dans les deux cas, les auteurs rapportent une réduction significative des symptômes borderline (instabilité émotionnelle, comportements auto-agressifs, dysrégulation) et une prise de conscience des schémas hérités, avec une amélioration des comportements envers soi-même et les autres. 

3. Mécanismes thérapeutiques et effets psychiques

Les auteurs décrivent comment l’imagerie rescripting et le chairwork agissent à plusieurs niveaux :

  • Sur le plan neuro-psychique : l’imagerie active les zones cérébrales associées à la vision, à l’émotion et au corps, ce qui permet de “réenregistrer” des expériences traumatiques sous une forme modifiée, moins menaçante, plus réparatrice.

  • Sur le plan symbolique : en redonnant voix aux ancêtres, en exprimant les émotions refoulées, en revivant les scènes traumatiques de façon modifiable, le patient peut reconstruire une narration familiale plus consciente, plus intégrée, sortir du silence, de la honte ou du refoulement.

  • Sur le plan comportemental et relationnel : en modifiant les croyances de base (schémas) type peur, honte, méfiance, sentiment de défaut, loyautés silencieuses... les patients peuvent transformer leurs modes relationnels, leurs réactions automatiques, leurs choix affectifs ou parentaux. 

  • Sur le plan émotionnel : beaucoup de patients manifestent une meilleure régulation émotionnelle, plus de compassion pour soi-même, une diminution des impulsions destructrices, et une ouverture à des relations plus apaisées et conscientes. 
     

Les auteurs insistent sur l’idée que l’imagerie n’est pas un simple “travail cognitif” mais un processus incarné, sensoriel, émotionnel, symbolique, ce qui en fait un outil particulièrement adapté pour travailler les traumatismes transgénérationnels, souvent inscrits dans le non-dit, le corps, l’inconscient, les dynamiques familiales implicites.

4. Limites, conditions, et précautions

Les auteurs reconnaissent plusieurs limites importantes :

  • Le travail avec des souvenirs traumatiques, des dynamiques familiales lourdes, des loyautés inconscientes peut être émotionnellement intense pour le patient. Il est donc essentiel que le thérapeute soit expérimenté, qu’il assure sécurité, soutien, contenance tout au long du processus pour éviter la ré-traumatisation.
     

  • Ces deux vignettes restent des cas cliniques : l’étude n’a pas de dimension quantitative, de suivi long terme, de comparatif avec un groupe contrôle. Cela limite la capacité à généraliser les résultats. 
     

  • Les auteurs suggèrent que, pour une pratique plus large, il serait pertinent d’explorer l’association de ces techniques avec d’autres approches (pleine conscience, travail corporel, thérapies de groupe) pour adresser les dimensions somatiques, relationnelles et communautaires des traumatismes transmis.



Conclusion

L’article « Traumatisme transgénérationnel et thérapie des schémas : imagerie rescripting et chairwork en pratique » montre, à travers deux cas cliniques, que l’imagerie rescripting et le chairwork peuvent constituer des outils efficaces et puissants pour travailler les traumatismes hérités.

Ces techniques permettent de mettre en lumière des blessures familiales passées, de donner voix et forme à des émotions refoulées, de modifier des schémas précoces inadaptés, et d’instaurer de nouvelles formes d’être, de relation, de régulation émotionnelle. En revisitant symboliquement le passé, les patients peuvent se libérer de loyautés silencieuses, de culpabilités, de peurs, et reconstruire une identité plus consciente, plus apaisée.

Cependant, en raison des limites méthodologiques (deux cas, absence de suivi long terme), l’article ne prétend pas prouver une efficacité universelle. Les auteurs appellent à des recherches supplémentaires, notamment des études empiriques à plus large échelle, avec des suivis longitudinal et encouragent une pratique thérapeutique prudente, éthique, bien formée, respectueuse de la vulnérabilité des patients.

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