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Le traumatisme de l'Holocauste laisse une empreinte épigénétique chez les enfants de survivants

20 sept.
3 min de lecture

Rachel Yehuda, Nikolaos P. Daskalakis, Linda M. Bierer, Heather N. Bader, Torsten Klengel, Florian Holsboer, Elisabeth B. Binder. Holocaust Exposure Induced Intergenerational Effects on FKBP5 Methylation. Biological Psychiatry, 2016; 80 (5): 372 DOI: 10.1016/j.biopsych.2015.08.005


On sait depuis longtemps que les enfants de personnes traumatisées présentent un risque accru de trouble de stress post-traumatique (TSPT), de troubles de l'humeur et d'anxiété. Mais jusqu'à récemment, la science manquait d'occasions d'observer ce phénomène au niveau biologique, directement dans le corps des personnes concernées et de leurs descendants. Une étude menée par Rachel Yehuda, du James J. Peters Veterans Affairs Medical Center à la Icahn School of Medicine at Mount Sinai, et publiée dans la revue Biological Psychiatry, apporte aujourd'hui des preuves tangibles de cette transmission — chez les enfants de survivants des camps de concentration nazis.


Qu'est-ce que la méthylation de l'ADN, et pourquoi ça compte

Les processus épigénétiques modifient la façon dont un gène s'exprime, sans toucher à la séquence de l'ADN elle-même. La méthylation de l'ADN en est un exemple : elle ajoute ou retire un groupe méthyle à un endroit précis du génome, ce qui peut influencer la transcription de certains gènes — autrement dit, la façon dont ils s'activent ou non.


Des études menées sur des animaux avaient déjà montré que les changements épigénétiques liés à un stress important pouvaient se transmettre à la descendance. L'équipe de Rachel Yehuda est la première à explorer cette question chez l'humain, en s'intéressant au gène FKBP5, connu pour son rôle dans la réponse au stress et son association avec le TSPT et la dépression.


Une étude sur les survivants de l'Holocauste et leurs enfants

Les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins de 32 survivants de l'Holocauste et de 22 de leurs enfants adultes, comparés à des paires parent-enfant juives n'ayant pas vécu ce traumatisme. Ils se sont concentrés sur la méthylation d'une région précise du gène FKBP5, appelée intron 7.


Résultat marquant : les survivants et leurs enfants présentent tous deux des changements épigénétiques à ce même endroit du gène — mais dans des directions opposées. Les survivants montrent une méthylation supérieure de 10 % par rapport au groupe témoin, tandis que leurs enfants présentent une méthylation inférieure de 7,7 % par rapport aux enfants du groupe témoin.

"Ces observations suggèrent que le traumatisme parental est un contributeur pertinent à la biologie de la descendance", explique Rachel Yehuda.

Résilience et vulnérabilité : deux faces d'un même héritage

Ce sens opposé du changement épigénétique n'est pas anodin. Pour John Krystal, rédacteur en chef de Biological Psychiatry, cela signifie que les enfants de parents traumatisés n'héritent pas simplement d'une biologie calquée sur celle du TSPT parental, ils peuvent aussi hériter de mécanismes de résilience, en plus d'une possible vulnérabilité.


L'étude n'a pas permis de déterminer si l'effet observé chez les descendants provient de modifications survenues dans les cellules reproductrices des parents, ou de changements apparus pendant la grossesse ou après la naissance. Le rôle respectif du père et de la mère reste également à préciser.


Le rôle des traumatismes vécus directement par les descendants

L'adversité durant l'enfance étant fréquente chez les enfants de parents traumatisés, l'équipe a aussi examiné si les propres traumatismes vécus par les descendants influençaient les résultats. Une relation a bien été observée entre méthylation et adversité vécue pendant l'enfance mais sur un site différent de la même région du gène FKBP5, distinct de celui associé au traumatisme parental.


Cette distinction ouvre une piste clinique importante : il pourrait être possible, à terme, de différencier les marques biologiques liées aux expériences vécues personnellement par une personne de celles héritées du vécu de ses parents. Une raison de plus, pour les praticiens, de s'intéresser à l'histoire familiale autant qu'au parcours individuel de la personne accompagnée.

"Quelque chose de spécifique, peut-être lié à la réponse au stress, est transmis de parent à enfant", résume John Krystal.

Ce que cette étude confirme pour la psychogénéalogie : le vécu de nos ascendants ne reste pas cantonné au passé, il s'inscrit, mesurablement, dans notre propre biologie. C'est précisément ce que les praticiens de notre annuaire explorent au quotidien avec leurs clients, pour identifier et désamorcer ces héritages invisibles.


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